Le conformisme
Pourquoi « tout le monde est d’accord » n’est pas toujours vrai
Le conformisme est souvent résumé par une idée simple :
« Les gens suivent le groupe. »
Cette idée est partiellement vraie,
mais elle est trop simple pour être utile.
La psychologie sociale ne dit pas que les gens suivent parce qu’ils seraient naïfs ou incapables de réfléchir.
Elle montre que suivre le groupe est souvent une manière de s’adapter à une situation.
Ce que le conformisme n’est pas
Le conformisme n’est pas :
- un manque d’intelligence,
- une absence d’opinion personnelle,
- une soumission automatique.
Dans beaucoup de situations, les personnes savent que quelque chose ne va pas,
mais choisissent malgré tout de ne pas se distinguer.
Ce choix n’est pas toujours conscient.
Il est souvent lié au contexte.
Pourquoi le groupe influence autant
Être en désaccord avec un groupe a un coût.
Dans la vie quotidienne, cela peut signifier :
- être regardé comme étrange,
- être isolé,
- être discrédité,
- perdre une forme de sécurité sociale.
Dans certaines situations,
ne pas se conformer peut paraître plus risqué
que se taire ou faire semblant d’être d’accord.
Le conformisme apparaît alors comme une stratégie de protection,
pas comme un défaut moral.
Quand le silence devient une norme
Un mécanisme important du conformisme est le silence.
Quand personne ne parle :
- chacun peut croire que les autres sont d’accord,
- chacun peut penser être le seul à douter.
Ce phénomène crée une illusion : celle d’un consensus qui n’existe pas forcément.
Plus le silence dure,
plus il devient difficile de parler.
Le conformisme n’est alors plus seulement un comportement individuel,
mais une dynamique collective.
Ce que le conformisme produit en politique
Dans le débat politique, le conformisme peut conduire à :
- éviter certains sujets,
- répéter des idées dominantes sans les discuter,
- accepter des décisions par défaut,
- croire que « tout le monde pense pareil ».
Ce climat n’empêche pas seulement le désaccord.
Il empêche parfois la formulation même des questions.
Mémoire et conformisme
La mémoire collective insiste souvent sur des périodes où des idées extrêmes sont devenues normales.
La psychologie sociale ne s’y intéresse pas pour dire que « les gens étaient mauvais »,
mais pour comprendre comment le conformisme peut banaliser l’inacceptable.
Le travail de mémoire ne sert pas seulement à se souvenir des faits,
mais à rester attentif aux mécanismes par lesquels
le silence et l’habitude rendent certaines idées acceptables.
Le conformisme n’est pas total
Il est important de le dire clairement :
le conformisme n’explique pas tout.
Dans presque toutes les situations :
- certaines personnes doutent,
- certaines résistent,
- certaines parlent.
Mais ces positions sont souvent moins visibles,
et donc moins perçues comme légitimes.
Le conformisme domine surtout quand :
- le désaccord semble isolé,
- le coût de la parole paraît élevé,
- les règles du débat sont floues.
Ce que comprendre le conformisme permet
Comprendre le conformisme ne sert pas à accuser.
Cela permet de :
- repérer quand un consensus est fragile,
- comprendre pourquoi des désaccords restent invisibles,
- voir que le silence n’est pas forcément un accord.
Cela ouvre aussi une question importante pour la suite :
Qu’est-ce qui permet, au contraire, de faire exister le désaccord sans être isolé ?
Les chapitres suivants permettront de comprendre :
- comment l’obéissance se met en place,
- comment la peur renforce le conformisme,
- mais aussi comment certaines situations rendent possible la parole,
la coopération et la résistance.