Déshumanisation et boucs émissaires

Comment certains groupes deviennent des “problèmes”

Quand une situation devient difficile,
il est fréquent de chercher une cause simple.

Quelqu’un.
Un groupe.
Une catégorie.

La psychologie sociale montre que, dans ces contextes,
certains groupes peuvent progressivement être présentés
non plus comme des personnes,
mais comme des problèmes à gérer.


Ce que signifie déshumaniser

Déshumaniser ne signifie pas toujours insulter ou caricaturer.

Cela peut être beaucoup plus discret.

Déshumaniser, c’est par exemple :

  • parler d’un groupe uniquement en chiffres,
  • réduire des personnes à une fonction ou à une étiquette,
  • associer systématiquement un groupe à un danger,
  • ne plus évoquer les individus, mais une masse abstraite.

Petit à petit,
ce qui était une personne devient une catégorie.


Pourquoi la déshumanisation fonctionne

La déshumanisation simplifie le monde.

Quand une situation est complexe :

  • elle réduit le nombre de causes possibles,
  • elle désigne un responsable identifiable,
  • elle donne l’impression de reprendre le contrôle.

Elle permet aussi de canaliser :

  • la peur,
  • la colère,
  • la frustration.

Le problème n’est plus diffus.
Il a un visage.


Le mécanisme du bouc émissaire

Le bouc émissaire apparaît souvent quand :

  • les causes réelles sont difficiles à identifier,
  • les solutions semblent hors de portée,
  • l’impuissance s’installe.

Désigner un groupe comme responsable permet alors :

  • de donner du sens à la situation,
  • de créer un “nous” face à un “eux”,
  • de souder temporairement un collectif.

Mais ce soulagement est fragile.
Il ne résout pas les causes réelles.


Quand la déshumanisation devient acceptable

La déshumanisation ne s’impose pas d’un coup.

Elle progresse quand :

  • le langage change progressivement,
  • certaines comparaisons deviennent banales,
  • des propos autrefois choquants deviennent discutables,
  • puis ordinaires.

Ce glissement est souvent lent.
C’est ce qui le rend difficile à repérer.


Peur, déshumanisation et normalité

La déshumanisation est souvent renforcée par la peur.

Quand un groupe est présenté comme :

  • dangereux,
  • envahissant,
  • incontrôlable,

il devient plus facile d’accepter :

  • des mesures exceptionnelles,
  • des restrictions ciblées,
  • une réduction des droits.

Ce n’est pas nécessairement de la haine.
C’est souvent une peur rendue légitime.


Mémoire et déshumanisation

La mémoire collective insiste beaucoup sur le rôle du langage et des images.
La psychologie sociale s’y intéresse pour comprendre
comment une société peut apprendre à ne plus voir des personnes comme des individus.

Le travail de mémoire ne sert pas seulement à rappeler des faits passés.
Il sert à rester attentif aux glissements progressifs
par lesquels des groupes deviennent des catégories,
puis des menaces.


La déshumanisation n’est pas inévitable

Il est important de le rappeler :
la déshumanisation n’est jamais totale.

Dans presque toutes les situations :

  • des voix rappellent la complexité,
  • des personnes refusent les raccourcis,
  • des contre-discours existent.

Mais ces voix peuvent être :

  • marginalisées,
  • accusées de naïveté,
  • ou rendues inaudibles.

La déshumanisation progresse surtout
quand ces contre-discours disparaissent de l’espace public.


Ce que comprendre la déshumanisation permet

Comprendre la déshumanisation ne sert pas à accuser.
Cela permet de :

  • repérer les changements de langage,
  • comprendre pourquoi certains discours rassurent,
  • voir comment des mesures deviennent acceptables.

Cela ouvre aussi une question centrale pour la suite :

Qu’est-ce qui permet, au contraire,
de maintenir la reconnaissance des personnes
même dans des situations de peur et de conflit ?

Les chapitres suivants permettront de comprendre :

  • comment la résignation peut s’installer dans la durée,
  • mais aussi comment l’empathie, l’entraide et la coopération
    peuvent contrebalancer ces dynamiques.

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